[Le 4 janvier jour des martyrs de l’indépendance] RDC: où est la conscience nationale?

Le 4 janvier 1959- le 4 janvier 2021, 62 ans jour pour jour depuis qu’une série d’émeutes et de troubles sociaux s’étant déroulés à Léopoldville, alors au Congo belge, marquant un tournant décisif vers l’indépendance du Congo. Ces émeutes éclatent après que les autorités coloniales aient interdit aux membres du parti politique de l’ABAKO de manifester le 4 janvier 1959. La répression fut très violente. Le nombre exact de victimes n’est pas connu à ce jour, mais au moins 49 personnes auraient perdu la vie. Le Congo belge obtient son indépendance près d’un an et demi plus tard, le 30 juin 1960, devenant la République du Congo-Léopoldville. Plusieurs congolais ont été tués à cause de cette indépendance de la République Démocratique du Congo. D’où, une question reste toujours sur les lèvres de congolais celle de savoir où est la conscience nationale?

Toutefois, il y a lieu d’interroger ceux qui ont vécu ce temps sombre de l’histoire du Congo Kinshasa. Léon Kengo Wa Dondo, Singa Udju, Mgr Laurent Monsengwo, Sylvestre Ilunga Ilunkamba le premier ministre en fonction, Lusanga Ngiele, Kitenge Yesu, ils sont, apparemment, nombreux pour nous relater exactement cette histoire macabre et nous dire pourquoi jusqu’à présent ces martyrs n’ont-ils pas obtenu justice? Ces derniers, jadis très jeunes, en savent du moins, mieux que les jeunes générations, la substance des stigmates hideux des turbulences et massacres du 4 janvier 1959. Tshisekedi Wa Mulumba, Kibasa Maliba, Kasavubu ou Antoine Gizenga, le Cardinal Malulu…tous d’heureuse mémoire, ces dignes fils du pays ayant marqué leur temps dans la vie politique du Congo Kinshasa.

Aujourd’hui, personne ne raconte l’histoire du 4 janvier 1959 pour les générations futures. Ce fut triste, ce jour-là. Les congolais de Léopoldville avaient exprimé leur ras-le-bol, ils en avaient tout simplement marre des atrocités, mieux de la prise en otage du destin congolais par les colonisateurs belges, sans foi, ni loi. Au crépuscule de la journée du 4 janvier, ces kinois-là avaient résolument battu le pavé, secouant le macadam, affrontant, pince sans rire, les forces de l’ordre sous commandement de l’autorité coloniale en place. Ce fut le seul choix, en effet, il avait fallu ces manifestations-là contre la dictature et le totalitarisme afin de baliser la voie de l’indépendance nationale obtenue le 30 juin 1960.

Où est la conscience nationale?

Quel sort a-t-on réservé au sang des martyrs de l’indépendance, 62 ans plus tard ? Querelles intestines motivées par la recherche des positionnements à tout prix, au sein de la classe politique? L’érection de la corruption en système dans la gestion de la chose publique? Le chômage inimaginable devenu une réalité têtue, depuis des décennies ? La « chosification » du souverain primaire par les détenteurs de l’imperium ? La fraude électorale à chaque cycle ? Le coulage des recettes dans les entreprises et établissements publics et à d’autres niveaux de gestion de la chose publique ? Autant des maux décriés par de simples incantations en lieu et place des actes palpables d’ordre thérapeutique.

Il y a, jour pour jour, 62 ans, depuis que les martyrs de l’indépendance tiraient lâchement leur révérence, du seul fait d’avoir résisté farouchement contre la confiscation des libertés fondamentales par l’autorité belge. Il urge d’honorer ces martyrs-là, comme doit-on le faire en mémoire de nombreuses victimes de l’indépendance, la démocratie, la révolution historique du pays dans l’ensemble de ses secteurs. La communauté nationale a tout intérêt de s’assumer, car l’image de la Nation en dépend entièrement.

Les conséquences du 4 janvier 1959

Les estimations sur le nombre total de victimes des émeutes varient entre 49 et 500. Au-delà de ce nombre élevé de morts, les émeutes de janvier 1959 marquent un tournant dans le mouvement de libération du Congo et forcent les autorités belges et coloniales à reconnaître l’existence de sérieux problèmes au sein du pays. Ces émeutes sont à l’origine d’un imbroglio au sein de l’administration coloniale à la tête de laquelle se trouve Henry Cornelis, gouverneur général et du ministère du Congo belge et du Rwanda-Burundi dirigé par le ministre Maurice Van Hemelrijck.

La visite sur place à Léopoldville de Van Hemelrijck lui a fait découvrir un gouverneur général désemparé, au bord de la dépression. Il faut l’intervention du premier ministre Gaston Eyskens et du Roi Baudouin pour calmer les tensions. Cornelis est maintenu en place, mais ce qui a été appelé l’Affaire Cornelis » ne fait que diminuer le crédit du ministre et du gouverneur auprès des Congolais.

Tout de suite après les évènements, les autorités belges jettent le blâme sur les Africains sans emploi, précisant toutefois que la majorité des 250 000 habitants de la ville n’étaient pas impliqués. Néanmoins, quelques jours plus tard, les autorités belges s’activent rapidement pour mettre en place des réformes qui offrent aux Congolais plus de pouvoir de décision quant à leur propre gouvernement et annoncent même la tenue d’élections en décembre 1959.

Le 4 janvier est désormais un jour férié en République démocratique du Congo, connu sous le nom de journée des Martyrs. Les évènements marquent la radicalisation du mouvement pour l’indépendance et sonnent le glas du contrôle belge du Congo.

Cette radicalisation se produit dans les deux camps : pour la première fois, un groupe de Congolais montre sa volonté d’avoir recours à la violence pour obtenir l’indépendance, tandis qu’un certain nombre de membres de la communauté blanche se prépare de plus en plus à des affrontements. Un groupe de blancs planifie même un coup d’État au cas où un gouvernement à majorité noire s’emparerait du pouvoir.

Christian Okende

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