Tribune de réflexion : Accorde la parole au professeur Mukoko Samba pour livrer ses analyses sur la situation politico-economique de la RDC

Qui est Mukoko Samba?

Docteur en sciences Économiques de l’université de Tsukuba au Japon, professeur à la faculté des sciences Économiques ey de gestion de l’Université de Kinshasa. En 2003, il a presté comme Économiste au programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), En février 2009, il fut chef de cabinet adjoint de l’ex premièr ministre Muzito en charge des questions économiques et financières.

AxenorsudMedia Professeur Mukoko Samba quels sont, d’après vous les grands maux qui rongent le secteur économique de notre pays ?

L’économie congolaise porte tous les stigmates de la longue période de décroissance qui s’étale de 1974 à 2003.pendant cette période, les niveaux d’investissement public et de prélèvements fiscal par rapport au produit Intérieur Brut (PIB) étaient tombés à des niveaux extrêmement bas. Ce sont les caractéristiques d’un pays où l’Etat cesse de jouer son rôle moteur. L’endettement public excessif et le financement malsain des déficits budgétaires ont finit par achever un tissu économique déjà malmené par les très mauvaises décisions des années 70 (La zaïrianisation, notamment).

Aujourd’hui, le pays a fait d’énormes efforts pour rétablir certains de ces eqyilibres, mais le contexte global a beaucoup changé par rapport aux années 70 L’économie congolaise peine encore à reconstituer une base de production, ayant perdu des parts de marché et n’en ayant pas gagné dans les nouveaux marchés qui se sont créés au courss des quatre dernières décennies. Ke plus mal de l’économie congolaise aujourd’hui et de ne pas avoir grand-chose à offrir sur le marché mondial. Je crois qu’il s’agit là d’une règle fondamentale de la nouvelle économie mondiale. Il faut y détenir des parts importants de marché les préserver, en gagner d’autres.

AxenorsudMedia Quels sont les secteurs économiques à prioriser pour une émergence rapide et un développement intégral de la RD Congo et pourquoi ?

Prof Mukoko Samba: Les autorités congolaises doivent se concentrer sur les secteurs dans lesquels le pays peut gagner sur le plan mondial. Pour ce faire, il y a quelques préalables: Sécurité alimentaire et un pool minimal de main d’œuvre salariée.Pour un pays dans lequel la population dépend encore de l’agriculture et dans lequel la population urbaine est de plus en plus dépendante de produits alimentaires importés, la croissance peut être renforcée à travers des politiques favorisant l’accroissement de la productivité agricole, les investissements dans les industries et services à intensité de main d’œuvre ;les petites et moyennes entreprises. Bien que doté d’un immense potentiel agricole (80 millions d’hectares de terres arables dont moins de 10 % seulement sont exploités), la RDC est devenue depuis le début des années 1990 un importeur net de biens alimentaires.

La plupart des experts sont d’avis que cette tendance devrait s’accentuer, étant donné l’augmentation des prix des denrées alimentaires sur les marchés internationaux et la faible capacité de l’offre locale à répondre à court terme à la demande grandissante. En effet, les rendement à l’hectare des principales cultures vivrières sont extrêmement bas en RDC. Les rendement agricoles en RDC représentent en moyenne 20 % de ceux des pays d’Asie de l’Est et sont inférieurs en 1960.De plus, ils sont restés presque inchangés depuis l’accensi9n àdu pays à l’indépendance. Les rendements à l’hectare sont restés inferieurs à une tonne pour le maïs conyre plus de cinq tonnes pour le pays d’Asie de l’Est. Il zn est de même pour le riz et pour d’autres cultures vivrières.

Parmi les stratégies envisagées pour eedresser la courbe des rendements de manière verticale (la seule possibilité pour un rattrapage rapide), les experts citent l’augmentation des investissements (infrastructures rurales, services, recherche agricole, météorologie).
AxenorsudMedia Quel est le meilleur modèle que peut adopter la RDCongo pour son développement socio-économique ?

Prof Mukoko Samba: Il existe certes quelques modèles et de nombreuses variantes, selon les pays. Le choix du modèle doit tenir compte des atouts naturels, géostratégiques et humains du pays. Pays aux énormes potentialités naturelles et à la demographie galopante, RDC n’a pas d’autre choix que de profiter des flux mondiaux des finances, du commerce qui décolle doit être capable, en se dotant de postes d’arrimage (ports modernes, marchés boursiers, aéroports modernes, etc.) de capter : les flux d’hommes (tourisme) en fournissant le niveau standardisé des services d’habitat (hôtels) et de mobilité (aéroports) ;les flux des biens en fournissant, en plus de biens traditionnels, la base industrielle pour la production des bien de consommation standardisés;les flux financiers en mettant à niveau et en libéralisant les marchés financiers nationaux ou régionaux ;les flux technologiques en améliorant le profil du capital humain de manière à faciliter l’insertion dans les échanges technologiques mondiaux.

Dans beaucoup de pays africains fleurissent aujourd’hui des marchés boursiers dont le rendements sont plutôt appréciables, C’est le cqs de la Bourse Régionale des valeurs Mobilières d’Abidjan quo dessert le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal, et le Togo, de la Bourse des valeurs Mobilières d’Alger, du Botswana Stock Exchange ;du Douala Stock Exchange ;de la Bourse des valeurs Cap Vert ;des marchés boursiers du Caire et d’Alexandrie ;du Ghana Stock Exchange ;du Nairobi Stock Exchange ;et des marchés Lybie, du Malawi, de l’Ile Maurice, de Casablanca (Maroc), de Mozambique, de Namibie, du Nigeria (Abuja et Lagos), du Rwanda, d’Afrique du Sud (4 marchés de Johannesburg), du Swaziland, de lq Tanzanie, du Soudan, de la Tunisie, de l’Ouganda et de la Zambie. Dans beaucoup de pays du continent, on note aussi la création et la modernisation des autorités portuaires qui rivalisent entre elles pour attirer, selon leurs caractéristiques géographiques, le plus de fret tout opérant dans le strit respect des standards internationalement reconnus : Algérie (4 autorités portuaires), Angola ( Lobito), République du Congo (Pointe Noire), Côte d’Ivoire (Abidjan), Égypte (5 autorités), Gabon (Port gentil), Kenya ( Mombasa), Mauritanie (Nouadhibou et Nouakchott), etc.

On peut dire autant de la concurrence entre aéroports. Aujourd’hui la RDC est absente des listes des postes d’arrimage que j’ai indiqués plus haut : pas de marché boursier, pas d’infrastructures portuaires pouvant garantir l’insertion au commerce mondial. La RDC n’est pas, aujourd’hui un hub qui attire investissements et touristes.


AxenorsudMedia: Comment entrevoyez-vous l’avenir de la RD Congo sur le plan Socio-économiques d’ici dix ans ?

Prof Mukoko Samba: Prenons l’ horizon 2030 , c’est dans exactement 11 ans. La population de la RDC aura atteint plus de 96 millions d’habitants, dont près de 59 millions auront moins de 25 ans. Kinshasa, 29ème plus grande ville du monde , sera devenue cette même année là la 12 ème plus grande ville du monde, avec près de 15 millions d’habitants.

Kinshasa sera aussi grande que Lagos et Beijing et plus grande que Manille, Buenos Aires, Los Angeles, Le Caire, Rio de Janeiro, Istanbul, Osaka-Kobe, oi encore Paris. Ces deux événements suffisznt pour illustrer les grands défis qui sont devant nous dans un horizon temporel très proche. Imaginez les défis quasi dantesques de transporter 15 millions de kinois sur une zone d’habitation s’étendant de Menkao à Kasangulu, de leur offrir de l’énergie pour la cuisson des aliments (si la biomasse reste l’une de principales sources d’énergie, alors il n’y aura plus d’arbres dans un rayon de plus de 150 km autour de Kinshasa), de leur fournir de l’eau propre à la consommation, etc. C’est pourquoi il est important de réussir une forte mobilisation autour d’un projet ambitieux pour changer la RDC. Il n’y a aucune raison de prolonger indéfiniment le congo-pessimisme « , l’insertion financière, le rattrapage technologique et l’élargissement de l’éducation de base sont du domaine du possible et à la portée du peuple congolais.

Ce que sera la RDC dans dix ans et olus dépendra de la réussite oi non de cette rencontre des Congolais de tous bords autour de ce projet. Si nous ne réunissons pas à resoudre cette équation, nous ayant doté d’une base économique à partir de laquelle nous pourrons partir à l’abordage de l’économie mondiale alors les perspectives socio-économiques de notre pays seront sombres. Un dernier chiffre : en 2010, 35% de congolais vivaient en milieu urbain. Cette proportion va passer de 46%en 2025, 49 %en 2030 et 53% en 2035.Donc, dans quinze ans, il y aura autant des congolais en milieu urbain qu’en milieu rural. Et dans 25 ans, il y aura plus des congolais en milieu urbain qu’en milieu rural. Ce processus est inéluctable. Nous devons nous y préparer.

Jason Munginda

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